Dans cette scène, les clients dansent le Merengue. On a tourné en Virginie. Ce sont les premières scènes car on voulait montrer le lac. Au départ, j'avais pensé à une piscine, mais aucun endroit ne convenait. Je tenais à cette idée car l'un des premiers hôtels où noirs et blancs ont pu se baigner ensemble était celui où j'allais enfant. Avec le lac, on a dû laisser tomber, mais on montre que les serveurs vont manifester contre la ségrégation. L'été 63 a été marqué par le désir d'égalité.
 
Dans cette scène, la lumière est "magique". C'est magnifique. On a tourné en Virginie. Le moment où Jennifer traverse la pelouse est très important pour moi. C'est à ce moment là que débute "Time Of My Life", une des nouvelles chansons du film, qu'on a eu très tard. Jimmy Lenner s'en est occupé. Elle a été écrite par Frankie Previte et John de Nicola. C'est une chanson magnifique.
 
Pendant les projections test, je me souviens qu'un de mes amis m'a dit qu'il ne comprenait pas pourquoi Penny était si en colère. Je lui ai répondu : "C'est pourtant clair". Puis je me suis aperçue que personne n'avait saisi la différence qui était faite entre les membres du personnel.
On entend Jack dire : "Il y a deux sortes d'employés". On a remis cette réplique dans la narration pour que le public saisisse ce système de classes établi au sein du personnel. Si on ne comprend pas ça, on ne comprend pas l'histoire. On se rend compte de l'importance de ce genre de réplique après avoir consulté les gens. Voici le formidable Patrick. Je reviendrais sur le casting et les premières prises de Patrick, mais j'aimerais tout d'abord parler d'Emile Ardolino, cet ami et collaborateur très cher qui malheureusement nous a quitté.
 
 
 
 
 
 
 
 
Un studio a finalement accepté de faire ce film à faible coût, longtemps après mes recherches de financement. Sans résultat, je dois l'avouer. J'ai vu "He Makes Me Feel Like Dancin'", ce documentaire magnifique qui a valu un oscar à Emile. On a cherché à rencontrer Emile, mais il faisait partie d'un jury à ce moment là. On lui a envoyé le scénario et il nous a fait parvenir un message disant : "Je suis retenu au tribunal, mais ne choisissez personne d'autre. Je suis celui qu'il vous faut." A chaque fois qu'on reparlait de ça ensemble, il rougissait, mais il avait raison. C'était un metteur en scène génial de ballets cinématographiques et un homme fabuleux.
Au départ, le studio hésitait à le choisir car il était connu pour ses films de danse et les producteurs voulaient un film "audacieux".  Un matin, Emile devait prendre un petit déjeûner avec eux à Beverly Hills et je lui ai dit : "Commande quelque chose qui croustille, comme du bacon, ils verront que tu as du cran". Après l'entretien, il m'a dit : "Ca a marché".  J'ai commandé des biscuits et ça a fait du bruit. "En effet, ça a marché car il a été choisi pour faire le boulot. Et il a vraiment fait un travail formidable. Les mots me manquent pour décrire la grandeur de son travail. Il savait faire passer les émotions de la danse. J'ai trouvé ça toujours crucial plutôt que de voir des gens simplement danser, je préfère les voir ressentir les émotions que la danse procure. C'était très intéressant car on voulait que toutes les scènes de danse servent à faire avancer l'histoire. On ne voulait pas qu'elles soient isolées, on ne voulait pas les couper.  On a beaucoup discuté pendant le montage pour savoir où les couper. Il a aussi fallu parler du timing pour le bon déroulement de l'histoire.
A la première apparition de Johnny et de Penny, on devait choisir entre les yeux ou les genoux de Johnny. Baby se souvenait-elle... Avait-elle été conquise par ses yeux ou avait-elle d'abord remarqué sa façon de danser ? J'adore ce passage. Il fallait faire un choix. En montrant ses genoux, on ne pouvait pas montrer... ses yeux et en montrant ses yeux,  on devait faire l'impasse... sur ses genoux.
Dans cette scène, Baby et Johnny dansent merveilleusement bien . Désolée ! Penny et Johnny dansentr merveilleusement bien. On voit la scène à  travers les yeux de Baby. J'étais ravie qu'on dise que le film était le reflet du regard d'une femme.